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« Mais il y a au monde une chose sainte et sublime, c'est l'union de deux de ces êtres si imparfaits et si affreux. On est souvent trompé en amour, souvent blessé et souvent malheureux; mais on aime, et quand on est sur le bord de sa tombe, on se retourne pour regarder en arrière et on se dit : j'ai souffert souvent, je me suis trompé quelquefois, mais j'ai aimé. C'est moi qui ai vécu, et non pas un être factice créé par mon orgueil et mon ennui. »

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 Au royaume des possibles.

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Siïdal
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Tu as rejoint EG le : 27/02/2017
Ton p'tit puf, c'est : Vous pouvez m'appeler Sid.

MessageSujet: Au royaume des possibles.   Lun 27 Fév - 11:01

Coucou Amour d'une Louve, je vois que tu as relancé le forum sur de nouvelles bases. Une bonne chose de faite. J'aime beaucoup ce forum. Oreille

Mon fruit préféré humm, je dirais que c'est la mangue Love you

Avant de (re)poster trois nouveaux textes comme demandé, laisse-moi me présenter un minimum. J'ai 20 ans, mâle, à moitié sourd-dingue, je lis sur les lèvres et je ne te veux aucun mal mais alors là, aucun ! Mouvement oreille

Voilà le plus important est dit je crois. Si tu as des questions, n'hésite pas.

Le premier texte est très enfantin. Il est pour ma petite sœur.


Code:
La mousse absorbait le pas ingambe du lutin.
 La Forêt déployait ses ramures de vergnes, de fayards, d'yeuses et d'amélanchiers dans d'inextricables enchevêtrements. Le sol demeurait sombre sous le feuillage et si certains troncs voyaient la lumière, d'autres, ne la sentaient jamais réchauffer leur peau. Ainsi le lierre avait-il envahit la Forêt, mère de toutes les forêts, couvrant son écorce d'une parures digne des reines. Ici et ailleurs, on entendait le chant des oiseaux, les trilles batifoler et voyager comme en échos à la vie abondant en ce lieu pérennisé. Parfois, on apercevait quelques-uns de ces volatiles au plumage rutilant,  entre arbres et obscurité.
  Une petite voix vint troubler le chant des oiseaux :
– J'ai peur.
  Elle provenait de Phil, le bonnet du lutin. Eblou cessa de courir pour marcher, chuchotant sous la majesté du bois :
– Pourquoi ? L'endroit est merveilleux…
– Ce n'est pas de ça que j'ai peur, mais de ce que nous trouverons où nous allons.
  Eblou s'arrêta.
– Une fée te fait peur ?
– Arrête de me charrier, tu sais aussi bien que moi que cette prétendue fée est une sorcière. Nous allons finir dans son souper pour midi.
– Hum, il est plus de midi, nota le lutin en observant, à travers le couvert, les morceaux d'un ciel bleu.
– Ah-ah, très drôle. Écoute Eblou, je t'ai toujours suivi. Je t'ai suivi pour aller cueillir des framboises dans le champ du Père Fêtard, je t'ai suivi pour aller reluquer les filles dans le Bassin aux Dix-Sept chutes – ce qui, je dois dire, ne m'a pas déplu –, je t'ai suivi à chaque fois que tu devait aller te coucher tôt parce que t'avais fait une bêtise, à chaque fois que tu te battais avec Rock le Fort, à chaque fois que tu bavardais avec Bock le Taiseux ; je t'ai suivi dans ta longue punition à travers le Sentier de la Réflexion, je t'ai suivi quand tu essayais de séduire Barbue la Belle et qu'étant promise à Ken tu te prenais une claque. Je t'ai suivi dans tes pleurs comme dans tes délires. Alors s'il te plaît Eblou, accorde à un frère bonnet la miséricorde, et ne l’envoi pas dans l'assiette de la plus grande sorcière de tous les temps !
  Marchant depuis le début du monologue, le lutin se retint de rire.
– Nous devons la prévenir pour qu'elle sauve le monde, dit-il.
– M'en fiche ! Il y a plein d'autres abrutis prêts à aller la voir !
– « Plein », non. Et j'ai donné ma parole.
– Aah toi et ta maudite parole... Est-ce une question d'honneur ?
– Non, mais quand je dit quelque chose ce n'est pas pour faire autre chose.
  Phil gémit.
– Pourquoi faut-il que le destin m'est accolé à un âne buté ?
  « Que Bön, le Seigneur des Bonnets, me vienne en aide :
     Qu'il ouïsse mon désespoir et que lui me plaide !
     Ô vase de tourment rempli d'incertitude,
     Que le vaste ciel comprenne mon attitude ;
     Perché sur la tête brune d'un lutin fou,
     Dépourvu de jambes et de bras, je me sens mou !
     Privé des attributs nécessaires pour fuir
     Au plus loin de cette sorcière qui t'attire,
     Je mourrais bêtement après avoir vécu
     Auprès d'un inconscient qui m'en met plein le…! »
– Hé bien, en voilà des manières de parler ! L'interrompit une voix claire venue des arbres.
  Ensemble, Phil et Eblou haussèrent les yeux. Un immense lépidoptère polychrome se tenait sur une ramille.
– C'est...toi qui a parlé ? Interrogea le lutin.
– Oui.
– Je n'ai jamais vu un papillon parler.
– Je n'ai jamais vu un bonnet faire des alexandrins.
– Merci, dit Phil.
– Par quel prodige…? Souffla Eblou.
– C'est grâce à notre Gardienne, annonça le papillon.
– « Votre Gardienne » ?
– Oui. Ou notre « sorcière », comme le disait ton bonnet dans ses jérémiades.
– Le bonnet s'appelle Phil, dit Phil, agacé.
– Ah, autant pour moi. Moi c'est Cyzelle, avec deux « l ». Je suis ce qu'on appelle un Kon.
– Un Kon, répéta bêtement Phil.
– Oui. Un Kon est une papillon d'une grande envergure, multicolore, pouvant vivre plusieurs dizaines d'années.
– Ooh, émirent les deux jeunes frères à l'unisson.
– Et toi petit bout d'homme, quel est ton nom ?
– Eblou ! Tu sais où se trouve la fée ?
  Cyzelle le scruta de ses petits yeux globuleux.
– Vous lui voulez quoi ?
– Lui parler.
– Elle n'aime pas parler.
– C'est moi qui parlerais.
  Le papillon sembla réfléchir.
– Hum, si vous êtes venus jusqu'ici c'est que vous devez avoir une excellente raison. Je vais vous mener chez elle.

    Plus on approchait, moins les oiseaux chantaient.
Si l'on tendait l'oreille, on pouvait entendre leurs chuchotis. « Mais qu'est-ce qu'ils font là ? Que veulent-ils à la Gardienne ? T'as pas entendu le bonnet péter ? »
  Nos deux protagonistes avançaient sur un minuscule sentier serpentant entre les frondaisons. Un sentier visible de loin, car il était le seul endroit où l'herbe et la mousse ne poussaient pas. Cyzelle leur avait dit qu'il n'était visible que si l'on connaissait son existence. Autrement dit, personne ne pouvait le trouver – et encore moins la sorcière – sans le consentement des animaux.
– En fait, c'est vous qui protégez la fée, commenta Eblou.
– Oui et non, expliqua le papillon, voletant d'une façon incertaine devant eux. La Gardienne protège toute la forêt, c'est un juste retour des choses que certains d'entre nous se dévouent à être ses yeux.
  Tenaillé par l'angoisse et ni tenant plus, Phil ouvrit la bouche à son tour :
– Dit-moi, ô noble Kon, pourrait-on savoir ce que la Gardienne nous réserve si on lui déplais ?
– Ne t'inquiète pas cher Phil, dit le papillon tout sourire, je connais la réputation de notre Gardienne dans ton peuple. Elle ne mange pas les bonnets.
  Puis riant, alors que Phil laissait échapper un long soupir de soulagement, il reprit :
– Non elle ne les mange pas : elle se mouche dedans !
  Là, Phil gémit de plus belle et Eblou joignit son rire à l'insecte multicolore.
  À peine les gloussements éteins, un « vroum vroum » étonnant se fit entendre. Tout de suite, Cyzelle partit dans cette direction en écartant ses petits bras. Un autre papillon venait le voir, mais il était plus clair et plus large. Et de ses ailes émanait cet étrange bruit.
  Lorsqu'ils vinrent vers eux, leur guide les présenta et présenta la nouvelle venue. C'était sa femme :
– Voici ma chérie, mon ange, ma petite chrysalide. Elle s'appelle Katrelle.
– Avec deux « l », précisa cette dernière.

    Après avoir prévenu Cyzelle que le repas était prêt, Katrelle s'en fut majestueuse et insaisissable comme à son habitude.
– Elle est belle, n'est-ce pas ? Souffla le papillon.
– Est-il possible de supporter le bruit de ses ailes toute une journée ? Commenta Phil.
– On doit avoir envie de l'attacher, ajouta Eblou.
  Cyzelle conclut avec un sourire niais :
– Je l'attache parfois. Au lit.
– …
– Mais trêve de plaisanterie ! S'exclama-t-il au sommet d'une colline, désignant le paysage en contre-bas.
  Mais ce n'est que lorsqu'ils virent ce qu'il montrait, que ces derniers mots, véritable coup de théâtre, prirent toute leur ampleur :
– Voici la demeure de la Gardienne.

    Une vallée s'étendait devant eux. A leur droite jaillissait d'entre les rochers une cascade. Elle s'écrasait vingt mètres plus bas dans un geyser de brume et de lumière avant de laisser la rivière couler et serpenter, accompagnée d'un arc-en-ciel de dix-huit couleurs. A gauche scintillaient des centaines de fruits, accrochés à leur branche par la force de leur seul et unique cheveu. Après être passée près de ce qui semblait être une chaumière, la rivière s'en allait entre ces arbres. Le verger  faisait la beauté de cette vallée. On eut dit que tout avait été fait pour le créer.
  Près de la chaumière se tenait un cerf assis dans l'herbe, en train de se lécher la patte comme un chat.
– C'est Sönslyp, dit Cyzelle. Le Passeur. Vous pouvez y aller il est doux comme un agneau. En temps normal c'est Ylnakunoeil le minotaure qui tient ce rôle, mais quand il fait beau comme ça il va pêcher avec sa famille. Moi, je vais manger. Salut !
  Eblou, Phil et Cyzelle se firent un bref adieu de la main puis, tandis qu'il s'en retournait voir sa douce, nos deux héros descendirent la colline en agitant leurs bras et en criant « youhouuuu ! » à l'intention du cerf qui se frottait l'oreille avec sa patte. Ce dernier se leva d'un bond sur ses pattes arrières et fit barrage avec son bras droit.
– Hopopopopop ! On ne passe pas ! Aboya-t-il.
– Hopopopopop ! T'es le Passeur, pas l'Arrêteur, alors tu nous laisse passer, rétorqua le lutin avec calme, alors que son bonnet murmurait :
– Aah, parfait...
  Car il n'avait pas du tout envie d'y aller.
– Aaaaah ! Un bonnet qui parle ! Couina le cerf.
– Tu n'as jamais vu un bonnet parler ? Demanda Phil, surpris.
  Sous la peur, Sönslyp avait grimpé à l'arbre le plus proche. Il s'y cramponnait.
– Non… Je n'habite pas ici…expliqua-t-il.
  Eblou haussa les épaules et s'avança vers la chaumière. Phil lui, criait quelque chose silencieusement vers le cerf qui tremblait comme une feuille. S'il avait su lire sur les lèvres il aurait pu lire : « aide-moi, mon frère, aide-moi ».  
  Mais le destin n'en avait cure. Le lutin frappa la porte – qui grinça sous ses coups.
– Youhouuuu ? Y'a quelqu'uuuun ?
  Personne. Phil, lui, rongeait des ongles imaginaires. Eblou tira la porte vers lui et pénétra la pénombre de l’habitat. Au centre trônait un petit poil à bois. Autour, se trouvaient diverses étagères à la construction bancale, sur lesquelles siégeaient nombres de fioles, de livres et d'herbes. C'était la seule pièce.
– Elle est pas là, on se casse ? Souffla Phil.
  Eblou ne répondit pas. Il réfléchissait.
Les fées, ça passe son temps dans des endroits secrets, à confectionner des potions ou à fumer des trucs bizarres. C'est son papa qui le lui avait dit. Les papas, c'est utiles, parce que ça apprend toujours plein de chose à ses enfants. Les mamans aussi c'est utiles, parce que sans elles pour corriger les papas, les enfants apprendraient beaucoup de conneries. Et comme sa maman n'avait rien dit quand son papa avait dit ça, il savait que c'était vrai.
  Donc… Il devait y avoir un passage secret quelque part.
Eblou chercha et chercha encore avec l'ardeur propre à son peuple. Il finit par trouver un petit bouton rouge derrière un gros livre vert. Il appuya dessus.

Le deuxième texte est quant à lui destiné à un public un peu plus âgé.


Code:
 Les dalles et colonnes gravées du sanctuaire, que ni le manque de soin ni le temps n'avaient réussi à corroder, scintillaient sous l'éclat des bougies. Un homme avançait d'un pas léger vers le centre de la pièce, son corps massif propageant des ombres menaçantes aux alentours. Le visage fermé il venait se recueillir auprès de la Dame sans Nom, siégeant elle-même sur un piédestal d'un noir charbonneux.
Habillé de sa côte de cuir habituelle, il s'arrêta devant cette dernière. L'admirer, juste l'admirer.
Elle était belle, et c'était sûrement sa beauté qui faisait d'elle une déesse. Andel ne se lassait jamais, ô grand jamais, d'ouvrir les yeux sur son corps nu. Et c'était chaque soir, lorsque la lumière déménageait le ciel, qu'il venait se recueillir auprès d'elle, car nul soleil aussi flamboyant fut-il n'aurait su le dévier de ce désir irrépressible. Vital. Il faudra qu'il la laisse ce soir, il le savait. Alors il s'abreuvait de toute sa splendeur...  
Une trouée dans la voûte laissait s'en venir la lueur déclinante du jour sur la statue. Son corps d'albâtre n'en semblait que plus éblouissant. Ses bras et ses jambes, croisés, dérobaient au monde les trésors tant convoités des hommes. Mais ce n'était pas tant de ces trésors qu'il avait besoin, non, ce qui l'attirait demeurait de tout temps la force qui se dégageait d'elle. Une force incommensurable, inébranlable, qui rendait toute humilité à ceux qui l'observaient. Leur rendant le sourire, parce que sa lumière ne permet pas le doute. Et en réfléchit, comme l'éclat d'un miroir, la beauté évidente qui sommeille en chacun de nous.
Cette force et la finesse de ces courbes, la délicatesse de ces traits, lui rappelait sans réserve sa femme. Elle qui a su le mener là où, tout seul, il n'aurait pu aller. Elle qui a su dévoiler sous son masque tout l'amour qu'il pouvait apporter, qui a su accepter le monstre qui résidait en lui et lui offrir une vérité éclatante et sans pareille : elle était là, quoi qu'il puisse en dire, elle était là.
Ses lèvres légèrement entrouvertes ressemblaient aux rivières en avals du Lyse, lac sacré de tout temps, aux eaux transparentes. Ses yeux eux, étaient dissimulés par deux myosotis de pierre azuréenne. C'est cela qui frappait d'ailleurs, ces deux fleurs bleues dans tout ce blanc... Le myosotis est associé à l'idée du souvenir éternel, est-ce à dire qu'elle aurait vu quelque chose qu'elle ne pouvait oublier ? Et le myosotis pousse dans les lieux humides, est-ce à dire alors, qu'elle versa des larmes en ce souvenir ? Ces controverses importaient peu à Andel, il savait juste, se remémorait ce jour où il avait offert deux de ces fleurs à celle qu'il aimait. L'une pour l'âme, l'autre pour le cœur. En citant ces vers sacrés, marqués d'une écriture laiteuse sur le piédestal de houille :

"J'ai dans l'âme une fleur que nul ne peut cueillir,
Et au fond de mon cœur un très doux souvenir" .
 
    Du bruit se fit dans les escaliers derrière lui. Il reconnaissait au son singulier de sa botte gauche usée, les pas de Cys.
Le silence s'installa une fois son ami dans son dos.

                                                                    * * *    
    
    Son commandant lui paraissait de plus en plus distant ces derniers temps, comme s'il voyageait déjà autre part. Cys n'allait pas lui en tenir rigueur; de tous les soldats de Sa Majesté, il faisait parti lui-même des plus grands rêveurs, et il avait ses raisons.
Il se racla la gorge dans le but d'avoir l'attention d'Andel. Celui-ci se retourna.                                                                                                                                                      
Le commandant dû voir le remue-ménage sur son visage car il l'interrogea.                            
            --    Un problème, Icua ?
Cys hocha la tête avant de répondre.
            --   Oui, nous sommes pris d'assaut, nos mages-détecteurs en ont signalé plus de sept-cent.
Andel Langevin ne cachait pas sa perplexité.
            --    "Sept-cent", que voudraient-ils nous faire avec sept-cent hommes ?        
            --    D'où la raison de mon embarras Andel, les Aréanites sont tout sauf idiots, nous avons pu le constater au cours des siècles. Mais il y a un truc qui me chiffonne encore plus...
Il lui tendit un petit rouleau blanc frappé du sceau brisé de fort Primevère : le papier utilisé des maîtres-pigeonniers. Le commandant le prit calmement et le lut.

                    Commandant de fort Dryade,
Une troupe importante de guerriers Aréanites viennent de passer aux abords de la forêt d'All, sept-cent tout au plus. Trop peu pour vous inquiéter. Mais ils couraient vite, beaucoup trop vite. Je soupçonne une puissante magie à l'oeuvre... Je vous envois deux-cent hommes, en espérant qu'ils arriveront à temps.
              
               Commandant Nourab Darmandi.     .34 Nahitka.                                          

    Les yeux d'Andel s'écarquillèrent. La date.
            --    Mais... Nous sommes le trente-quatre Nahitka...!
            --    Oui, répondit simplement le capitaine.
            --    Ils ont parcouru cent kilomètre en une journée...(Il commença à rire.) Sont arrivés en même temps que le pigeon. (Et s'énerva légèrement.) Et dire que nous changions de poste demain !
Le commandant commença à sortir du sanctuaire, agacé, son cher ami sur les talons.

                                                                    * * *

    Ah, qu'est-ce que ça tombait mal !
Il poussa la porte blanche de la Dame sans Nom avec une certaine délicatesse au vu de sa frustration, et s'engagea dans la salle de la Victoire naturellement vide un jour de rixe.
Ne pourrait-il donc pas déserter sans que cela ait des conséquences désastreuses ?! Il soupira et se força à se calmer. Il devait garder la tête froide.
La pièce colossale répercutait les échos de leurs pas. Et quand bien même ne répercutaient-ils pas ses pensés, il ne valait mieux pas prendre le risque, aussi minimes les chances existaient-elles d'être entendu par des oreilles indiscrètes. A Cys il pouvait le lui dire, c'était un ami. Mais pas maintenant. Ce soir.
Avant qu'il n'ouvre la grande porte blanche vers l'extérieur, il prit le temps de lui dire deux mots.
           --    Retrouve-moi tout à l'heure, dans la tour Maîtresse.  

    Alors qu'il préparait ses bagages, c'est-à-dire le strict minimum, il regrettait déjà de ne pas s'être retourné une dernière fois vers sa déesse. Mais le temps n'était plus aux contemplations.
Il se vêtit d'une simple bure à capuche, de son courage, et attendit, une lame droite en main, derrière son dos.

    Le capitaine le retrouva un peu plus tard assis derrière son bureau. Andel hocha la tête d'un air grave et attendit que son ami s'installe en face, sur un fauteuil tout aussi confortable que le sien. Cys était soucieux.
            --    Quel-est donc cet accoutrement, mon ami ?
Le commandant sourit doucement, avec amertume.
            --    Accroche-toi à ton caleçon, Cys, ce que je m'apprête à te dire est loin d'être facile à entendre. Et j'espère que tu me comprendras...
Un instant de silence.
            --    Je vais faire de mon mieux, dit-il...
            --    Bien. (Langevin sourit et se pencha, toujours ses mains dans le dos, comme pour appuyer ses mots.) Je vais déserter.
Ce qui se passa là était loin d'être exempt de toute tension : le commandant n'aurait pas hésité à tuer son ami s'il avait mal réagis, et le capitaine avait bien sentit l'aura meurtrière de ce dernier. Il s'était tassé dans son fauteuil, une soudaine fièvre au front. Andel le sondait.
            --    Je dois le faire pour mon fils, murmura t-il.
Cys lâcha un gros soupir.
            --    Ne t'inquiète pas, je n'ai rien contre toi... Nous sommes amis, l'aurais-tu oublié ?
            --    Je n'ai rien oublié, répondit le commandant, mais la confiance est une chose que j'accorde difficilement.
Il y eu un long silence, où l'atmosphère en profita pour se détendre un peu.
Le capitaine eut un petit sourire.
            --    Andel... Pourquoi m'avoir fait venir si tu n'avais pas confiance en moi ?
Langevin sourit et s'installa confortablement dans son fauteuil, en posant sa lame sur la table.
            --    Parce que je me serais sentit mal de te le cacher, et que ce château et ces soldats, sans son commandant, risquent fort de partir en sucette. J'attends donc de toi que tu combles ma responsabilité. Tu peux faire ça ?
Cys hocha la tête.
            --    Oui, je peux faire ça. Mais peux-tu m'expliquer pourquoi tu disais :"je dois le faire pour mon fils" ? Qu'est-ce que ton fils à avoir avec ta désertion ? Et où tu veux aller, il n'y a aucuns endroits où tu pourrais éviter la décapitation !
            --    Si, dans la forêt d'All.
Le capitaine leva à la fois les yeux et les épaules au ciel.
            --    Oh, c'est sur c'est mieux ! L'émasculation doublée d'un bon feu de bois est mieux que la décapitation simple et directe ! Mais où as-tu donc la tête ? Explique-moi, explique-moi...          
            --    Tu te souviens quand j'ai demandé à voir les archives de la bibliothèque de Laken ?
            --    Oui, et ?
            --    Et alors j'y ai fait des recherches sur les Hettes. Tu sais que nous sommes loin de tout savoir sur ce peuple, mais ce que tu ne sais pas, ce que notre histoire ne nous raconte pas, c'est que c'est nous qui avons commencé à attaquer ce peuple. Et attention, tien-toi bien : c'était pour de simples raisons de territoire ! Cette île sur laquelle nous vivons, cette île que nous avons saccagés au fil des siècles, c'était la leur !
            --    Andel, Andel... Ça n'enlève rien au fait qu'ils vont te cuir à petit feu et te tuer si tu vas là-bas.
            --    Si justement, ça enlève tout ! Les Hettes ne sont pas des monstres comme nous nous plaisons à les voir ! Ils sont comme nous !
            --    Ils ne sont pas comme nous. Nous, nous sommes des monstres.
Il y eu un long moment de silence suite à ces derniers mots, où les deux hommes en profitèrent pour se sourire mutuellement. Ils se comprenaient.
            --    Et le rapport avec ton fils ? Questionna le capitaine.
            --    Le rapport est simple, Icua, ici nous ne sommes pas en sécurité. Mon fils n'est pas en sécurité... Il faut que je fasse la paix avec les Hettes.
            --    Pourquoi, tu penses qu'ils vont nous aider ?
            --    Pas à court terme, ça prendra du temps... Mais s'il reste un espoir pour ce foutu pays de vivre dans un semblant d'harmonie, au moins, c'est bien chez ce peuple que se trouve la solution. Ils ont des pouvoirs que nous n'avons pas... Je dois partir.
Cys hocha la tête, et le commandant reprit la parole :  
            --    Si tu vois mon fils un jour, transmet lui ce message : "je n'ai pas déserté. Je continu de me battre."
Cys acquiesça derechef.
            --    Et comment s'appelle t-il ?
            --    Azel. Azel Langevin.
Le capitaine ne cessait d'agiter sa tête de haut en bas, comme si tout son âme soufflait à son corps de dire "oui, ta cause est juste, et je suis de tout coeur avec toi". Le commandant sourit en déposant une main caleuse sur son épaule :
            --    A une prochaine peut-être, Icua.
Puis il sortit, laissant à la fois son ami, sa tour et ses affaires.

    Seuls les brandons disséminées ici et là, ainsi que la lune sous son plus beau jour, éclairaient la nuit et les pierres sombres du château. Les visages se remarquaient à peine dans le brouillard naissant. Quelle aubaine ce brouillard, Andel n'allait pas laisser passer une telle occasion. Il fit attention à crier d'une voix plus aiguë que la sienne, d'ordinaire plus grave que la moyenne :  
            --    Ouvrez, j'ai un message urgent du commandant !
Les gardes ne se firent pas prier pour ouvrir la porte massive et laisser passer le messager. Langevin talonna sa monture tête baissée dans sa capuche, puis traça dans la steppe. Plein sud, direction le Port.
            --    Dit Enrick, tu trouves pas qu' son allure avait un p'tit que'qu' chose du commandant ?  
            --    Si...        

                                                                    * * *

    Cys, assommé par la soudaineté des événements, n'était pas resté longtemps affalé sur le fauteuil. Il s'en était vite remis, et fort de ses résolutions avait quitté la tour Maîtresse pour rejoindre le Mur en face. Il y avait de l'activité dans le château : tout homme quel qu'il soit - cuisinier, garçon d'écurie, mage apprenti, et bien-entendu soldat et Homme nommé -, prenaient une des nombreuses armes et armures disposées dans l'entrepôt prévu à cet effet, et courraient se positionner aux endroits stratégiques assignés par leurs supérieurs. Cys savait l'attaque imminente. L'ennemi avait compté jusqu'ici sur sa vitesse, il n'allait pas attendre les renforts.
Le capitaine gravit les marches de l'une des tours Jumelles trois à trois, bondissant comme un lièvre en chasse. Cinquante-et-un bonds plus tard il déboula au sommet, deux de ses hommes ici, ainsi qu'un mage détecteur. Celui qu'il cherchait.
            --    Crown, toujours sept-cent hommes ?
            --    Non capitaine, comme je viens de le dire à Anthon il en vient en masse. (Il se retourna.) Vous pensez qu'ils ont suffisament d'anïms pour briser le Mur ?    
Cys ne répondit pas. Il s'avança vers le bord et plaça ses mains sur la houille de la tour, le Mur trente pieds en dessous de lui, froid comme la mort. Des guerriers balénites de garde sur cette roche glaciale, emmitouflés dans de larges vestes de cuir et de poils de taïtes, se devinaient facilement par la lumière de leur torche, à travers la nuit et le brouillard. Il dirigea son regard plus loin, plissant les yeux vers le silence lancinant occupant la campagne opposée, mais ne vit rien de plus que cette maudite bruine.
            --    Sans aucuns doute, finit-il par répondre. Dites aux hommes de quitter le Mur, je ne veux pas les voir s'effondrer avec lui. Crown, tu peux me dire combien il y en a ?
            --    Pas avec exactitude capitaine, leur nombre dépasse mes compétences.
            --    Plus de deux mille donc ?
            --    Plus de deux mille.
L'ordre d'abandonner le Mur cingla dans la nuit.
            --    Autre chose Crown, je peux savoir pourquoi on ne voit pas briller des torches chez-eux ?
            --    Je n'en sais fichtrement rien capitaine, peut-être qu'ils ont la vision nocturne...?
Cys ragea. Et se retourna par instinct, ayant entendu quelque chose de l'autre côté. Le vent colportait un bruit sourd, inquiétant. Il comprit trop tard.


Pour ce qui est du troisième texte, j'ai longtemps hésité entre un passage particulièrement érotique, une poésie ou tout simplement dans la même veine que précédemment. Je marie donc un peu les trois, en piochant un extrait d'une histoire sur laquelle je travaille en ce moment.

Code:
Je m'activais de ranger ma chambre; chaussettes culottes t-shirts et divers habits, livres, feuilles vierges, d'autres pleines et matériel de dessin. Tout ça, en vrac sous le lit. Puis je me dirigeais dehors où devait m'attendre Ëlhia, sous le balcon, le marronnier et, accessoirement, zéro degré.
-- Ëlhia ?
C'était la première fois que je prononçais son nom. Il était chaud en bouche. Derrière les vapeurs de mon souffle, les flocons s'écartaient.
-- Je suis là, en bas, je vous vois grâce à la lune.
Je reconnue de suite l'alexandrin. Connaissait-il Cyrano ? Et il s'amusait à me vouvoyer ? Ainsi soit-il ! Prise au jeu, je répondais du tac-au-tac :
-- Sauriez-vous me dire si je suis blonde ou brune ?
Il y eu un rire.
-- S'il m'est arrivé d'avoir tort maint et maint fois,
   Devant une telle question, je ris, je glousse,
   Je me tiens, me vautre et me tord...car je vous vois !
   Il suffit d'un peu d'attention : vous êtes rousse !
Je ne le voyais pas. Il était sous les branches de l'arbre et la nuit était tombée depuis une bonne demi-heure. Toutefois, à la ferveur de ses propos, je le devinais trois mètres plus bas, s'agitant à la manière d'un homme sur les planches d'un théâtre. Je m'appuyais au rebord du balcon, ma silhouette se découpant sans doute au clair de lune :
-- Dans votre regard, serais-je une jolie toile ?
-- Vous êtes sans fard la plus belle des étoiles.
Il était calme et dans sa voix, j'entendais les vibrations des émotions. Je ne me laissais pas faire pour autant. Après tout, c'était un jeu :
-- Dialoguez-vous ainsi à toutes vos conquêtes ?
Il rit de nouveau. Je commençais à bien le connaître, ce rire. C'était un rire court et plaisant qui s'échappait de son nez à l'instant ou le son provenait de sa gorge. Il objecta, presque avec tristesse :
-- Une conquête, hein ? Ce n'est point ce que vous êtes...
Je me penchais d'avantage. Nous parlions plus doucement.
-- Que suis-je, vous qui vous plaisez à me décrire ?
-- Il serait pour moi plus aisé de vous l'écrire.
-- Je vous en prie, dites-moi ce que vous voyez.
-- Je suis épris, je n'aime pas vous vouvoyer.
   Ma peur mène battue, lors je reste reclus...
   J'aimerais crier "tu", m'approcher un peu plus...
   Une chose est restée de mes années d'errance
   Que je ne puis nommer autrement que "violence".
Etait-il sérieux ou jouait-il un rôle ? Je n'ignorais pas que tout sérieux révélait un rôle, et qu'en tout rôle résidait le sérieux. Je répliquais avec calme, sérieux et ironie.
-- Si vous la voyez c'est que vous êtes un peu tendre,
   C'est là un sujet sur lequel je puis m'étendre.
Il y eu un instant de silence. Il attendait la suite.
-- Elle vendait ma faim et ma soif de tendresse;
   Elle apportait la fin, la noirceur, la détresse.
-- ...
-- Il nous faut nous aimer pour souffler notre rage;
   La laisser s'en aller libérée de sa cage.
-- ...
-- J'aimerais danser avec vous sans plus attendre,
   Me laisser guider jusqu'au bout et me détendre
   Car dans vos bras, je le sens, je m'épanouirais...
-- ...Où sous les draps, innocent, je vous cueillerais ?
Je ris. Il m'avait coupé dans mon élan. Il n'allait pas s'en tirer à si bon compte :
-- J'en étais sûre : c'est mon corps que vous voulez !
-- Je vous assure : je suis un gros obsédé !
Il me fit rire de nouveau. Le rire...je crois que c'est ce qui ouvre porte à tout. En tous cas, chez-moi. Je ne me sentais pas la force de lutter contre ça. Et je commençais à avoir froid, malgré mon pull. Peut-être allait-il bien s'en tirer, finalement :
-- Ne voulez-vous donc pas monter me réchauffer ?
A peine avais-je dis ces mots, qu'il était ici dans mon dos. Il m'enlaça.
-- D'après toi petit ange, qu'est-ce que je fais ? murmura-t-il, mettant fin au jeu.

Voilà, j'espère que tout cela te conviendra. Gros bisous lointains Oreille
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